Présentation du phénomène

Cinq études majeures se sont penchées sur la prononciation des graphies -oi(s,r) en français québécois. Le tableau ci-dessous résume les éléments que les auteurs ont relevés pour chacune d'entre elles. Dans la colonne de gauche, sont listées les variantes en français québécois standard (FQS), selon la transcription proposée dans le Dictionnaire de la langue français : le français vu du Québec; la colonne suivante présente les variantes en français québécois populaire (vernaculaire) (FQP), à partir des travaux de Dumas (1987)[1], Paradis et Dolbec (1992-1998)[2] et Ostiguy et Tousignant (2008)[3]. Suivent des exemples pour chaque variante. Les cinq dernières colonnes identifient les auteurs. Par chaque étude, un X indique si la variante vernaculaire a été décrite ou non. Lorsqu'un auteur propose une variante distincte (c'est-à-dire qui remplace la forme vernaculaire), celle-ci est spécifiée. Le tiret indique que la variante n'a pas été traitée par l'auteur.

Tableau 1 : Synthèse des réalisations de -oi(s,r) en français québécois

FQS

FQP

Exemples

Picard

(1974)

Walker

(1984)

Dumas

(1987)

Paradis & Dolbec

(1992-98)

Ostiguy & Tousignant

(2008)

wa

we

moi

X

X

X

X

X

wa

wa

roi/foie

X

wa ~ wε

X

wa

poil/droite

X

X

X

-

X

wa

we ~ wε

poilu/moisi

-

X

X

X

X

wa

ε

droit/froid

-

X

X

X

X

trois/noix

X

X

X

X

X

wɑː

wεː ~ wai ~ wau

soir/poivre

X

wai ~ wei

X

wae ~ wεi

X

wɑː

wεː

soirée

-

wai ~ wei

X

-

X

wa

ɔ

poignée

-

X

X

X

-

wa

e

(je) crois

-

X

-

X

-

Comme on peut le constater, les auteurs s'accordent, en général, sur la majorité des variantes. Néanmoins, il existe quelques désaccords partiels sur certaines réalisations de [wa] ou [wɑ:], tels que pour roi/foie, soir/poivre et soirée.

Concernant les variétés de français de l'Ouest, les analyses sont assez disparates. Elles ne rentrent pas toutes dans les mêmes détails, et elles ne s'accordent pas toutes sur certaines réalisations. Le tableau suivant présente une synthèse de ces réalisations. L'organisation des colonnes est la même qu'au tableau précédent. Notons que Walker (2005a)[4] emploie systématiquement [wæ] pour des mots comme doigt là où les auteurs québécois utilisent [wa].

Tableau 2 : Synthèses des réalisations vernaculaires de -oi(s,r) dans les français de l'Ouest

Variante

Exemple

McDonald (1968)

Walker (2005)

Jackson (1968)

Papen (1993)

we

moi

X

X

wa

wε ~ wε̃ ~ wɔ

wa

doigt

-

X

wε ~ wɔ

poil

wε ~ wεi

X

-

X

poilu

-

X

-

X

ε

droit

-

X

-

X

trois

wa ~ wɑ ~ wɔ

X

wa

X

wεː ~ wai ~ wei

noir

X

X

wa~ wɑ~ wai ~wau

we ~ wε ~ wεː

wεː

soirée

-

X

-

wε ~ wεː

ɔ

poignée

-

X

-

X

e

(je) crois

-

X

-

X

Précisons par ailleurs que pour Thogmartin (1974)[5], la variante [wɛ] de -oi(s,r) n'est typique que des Métis et uniquement en situation de conversation. Les locuteurs européens de son corpus n'emploient pas cette variante, et les Canadiens français ne l'utiliseraient que de façon variable, en conversation. Comme l'indique la dernière colonne du tableau, selon les données de Papen (1993)[6], en français mitchif, les variantes sont quelque peu distinctes des autres variétés : la voyelle de moi est facultativement nasalisée et peut avoir une articulation très postérieure et arrondie (en [wɔ]); la voyelle de roi est soit /wε/ soit /wɔ/ et devant /r/, on peut avoir /e/, /ε/ ou /εː/. Pour les autres mots, les réalisations sont comme dans les autres parlers de l'Ouest canadien.